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La Bête aveugle, Yasuzo Masumura, 1969

 

La bête aveugle

Yasuzo Masumura, 1969


 

 

http://www.linternaute.com/cinema/image_diaporama/540/la-bete-aveugle-6601.jpgSynopsis :

 

 

Michio, un sculpteur aveugle, est fasciné par le corps d'Aki. Décidé à l'immortaliser au travers d'une sculpture, il va, avec la complicité de sa mère, l'enlever et la séquestrer dans son atelier. Après plusieurs vaines tentatives d'évasion, Aki va entrer dans le jeu érotico-mortel de Michio...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fiche technique :

 

  • Titre : La bête aveugle

  • Titre original : Mōjū

  • Réalisateur : Yasuzo Masumura

  • Scénario : Yoshio Shirasaka

  • D'après le roman Mōjū de Edogawa Rampo

  • Directeur de la photographie : Kazumasa Nakano

  • Musique : Hikaru Hayashi

  • Monteur : Tatsuji Nakashizu

  • Producteurs : Hiroaki Fuji, Masaichi Nagata, Kazumasa Nakano

  • Société de production : Daiei

  • Pays : Japon

  • Année : 1969

  • Durée : 89 minutes

  • Restriction : -16 ans

 

Distribuion :

 

Eiji Funakoshi......................Michio

Midori Mako..........................Aki Shima

Noriko Sengoku..................la mère

 

 

La France avait Truffaut, Rohmer, Chabrol, Rivetteet Godard. Le Japon avait Shinoda, Yoshida, Oshima, Imamura, Suzukiou encore... Masumura! La France n'a pas eu le monopole de la Nouvelle-Vague, même si elle en est sans aucun doute l'instigatrice. Il s'agit d'un phénomène qui touche les endroits les plus éloignés de l'hexagone. Et si le Brésil a eu son cinema-novo, le Japon a eu sa nūveru vāgu.

En France nous connaissons beaucoup mieux des réalisateurs comme Imamura (La femme insecte, La Ballade de Narayamaou L'Anguille), Oshima (Nuit et Brouillard au Japon, L'Empire des sens, L'Empire de la passion, Tabou), que Yasuzo Masumura. Après l'abandon de ses cours de droit à l'université de Tokyo, il est embauché comme assistant directeur aux célèbres studios Daiei (The Dark Myth, Zatoichi, Gamera). Il y reste quelques-temps, mais retourne étudier la philosophie. Il obtient son diplôme en 1949, ainsi qu'une bourse d'étude qu'il va utiliser pour prendre des cours au Centro Sperimentale di Cinematographia, en Italie (il aura des professeurs aux noms prestigieux tels que Federico Fellini ou Luchino Visconti).

De retour au Japon, il va travailler avec Kenji Mizoguchi et Kon Ichikawa en tant qu'assistant réalisateur. Il réalise son premier film en 1957 : Les baisers. Bien vite il s'impose comme précurseur de la nouvelle vague, tant par les thèmes abordés, que par l'esthétique de son univers. Il va beaucoup travailler sur les passions, l'érotisme. Il fera entre autres jouer Mishima dans Le gars des vents froids. Toujours dans ce travail de réflexion sur les passions, il tournera L'ange rouge(1966), La chatte japonaise(1967) et le film qui nous intéresse ici, La bête aveugle(1969).

 

 

Autant le dire tout de suite, il ne s'agit pas d'un film pour clostrophobes. L'intégralité du film se passe à huis-clos dans la maison du sculpteur et de sa mère, et plus particulièrement dans l'atelier quasi horrifique (à moins que ça ne soit poétique... ou les deux), de Michio. A l'exception des deux premières séquences (dans un musée et dans une chambre), tout se passe dans cette maison. On ne dénombre que 3 plans fixes en extérieur, montrant la maison... Le huis-clos, on le sait, permet d'installer une atmosphère particulière, liée à l'enfermement. Cette atmosphère est souvent « malsaine ». Ici, Masumura va accentuer cette atmosphère malsaine, par les décors de l'atelier de son personnage.

 

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On le voit, des yeux, des bras, des seins... Bref, Michio a décoré son atelier en morcelant les corps. Cela permet à Masumura de créer une ambiance quasi cauchemardesque. Nous ne découvrons pas de suite l'intégralité de ce décors. Lorsqu'Aki pénètre pour la première fois dans ce « temple », la lumière est éteinte. On ne distingue alors que quelques parties de ces éléments muraux. Lorsque Michio allume la lumière, le spectateur découvre en même temps qu'Aki ce décors si particulier. Après un plan d'ensemble en contre-plongée, débute un panoramique qui s'arrête sur chaque éléments. La forme fait donc écho au fond : le panoramique est morcelé, tout comme les parties de corps sculptées par Michio.

 

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Dans La Bête aveugle, Masumura va aborder différents sujets tournant tous autour d'un thème similaire, l'érotisme. On va constater une gradation dans l'évolution de la présence de l'érotisme dans ce film. Gradation qui va se faire en parallèle de l'évolution de la perception d'Aki de l'artiste fou qu'est Michio (on remarquera que cet artiste fou présente certaines similitudes avec la figure du monstre dans des films produits par la RKO par exemple). Au début, cet érotisme n'est que « matériel ». Michio « voit » Aki par le biais de la sculpture de son corps, exposée dans un musée. Mais très vite il va vouloir s'approprier ce corps. Il se fait passer pour un masseur, et va entrer physiquement en contact avec la protagoniste, avant de la faire prisonnière.

 

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Une fois dans cette prison qu'est l'atelier, le rapport entre l'homme et la femme va s'intensifier. Pour tenter de s'échapper, Aki va utiliser un stratagème : monter Michio contre sa mère qui a sur lui un pouvoir important. Pour cela, Aki va faire croire à Michio qu'elle l'aime, et ainsi rendre sa mère jalouse. La jalousie de la mère ne tarde pas à faire surface, tant et si bien que cette dernière va proposer à Aki de s'échapper. On pourrait voir dans cette jalousie abusive, une certaine forme d'amour incestueux. Dans un sens inverse, l'amour que porte Michio pour sa mère, qui est la seule femme qu'il n'ait jamais connu (précisons là que la figure du père est totalement absente de l'histoire), pourrait être considéré comme un amour quasi œdipien.

 

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Mais alors qu'elle en a la possibilité, Aki ne part pas... Elle reste et se fait violer par Michio. De là, une nouvelle forme de relation va naitre entre les deux personnages. La sculpture de Michio est totalement écarté. Après sa découverte de la sexualité, le monde de l'inanimé ne l'intéresse plus. La passion charnelle prend le dessus sur la passion artistique. Il veut du charnel ! Et Aki tombe petit à petit dans le piège de son propre jeu. Après les tentatives de fuite, puis le renoncement, elle commence à véritablement s'éprendre de Michio.

 

 


A présent aveugle, elle plonge enfin totalement dans le monde du tactile. La perte de la vue exacerbe son sens du toucher. Mais il y a un revers : « le monde tactile est régi par une loi étrange et terrible à la fois ». Avec le temps, il leur faut plus que le simple toucher. Ils vont donc explorer une autre facette de leur sexualité : le masochisme. La violence physique, la souffrance, va se faire de plus en plus présente. Lacérations, morsures (rapprochement avec le vampirisme, dans un sens métaphorique, en tant que processus de manipulation et d'assujettissement sexuel, réciproque dans le cas présent). Puis le stade supérieur avec l'utilisation d'armes blanches.

 

 

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Thanatos avait déjà fait son apparition avec la mort de la mère, figure tout aussi emblématique que métaphorique. Il revient en fin de film et se mêle à Eros. Les corps mutilés ne peuvent plus tenir longtemps. Dans une dernière envie de souffrance, et donc de jouissance (c'est bien là le principe du masochisme, la recherche du plaisir dans la souffrance), Aki va demander à Michio qu'il lui coupe les quatre membres, préférant ainsi une mort rapide et douloureuse. Michio lui aussi met fin à ses jours. Les dernières paroles d'Aki, en voix off, font le lien entre leur vie tactile, et la vie d'autres insectes ou animaux primaires évoluant eux aussi dans le monde du tactile et dont la seule issue est la mort.

 

 

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Masumura signe donc un film tout à fait particulier. Source d'inspiration pour Oshima, ce film explore le côté à la fois magnifique et cruel, et donc paradoxal, de la passion charnelle. Jamais vulgaire, le réalisateur parvient à appréhender avec une certaine poétique, l'emprise de la passion sur les sens.

 

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Note : 8/10

 

À samedi prochain,

Emmanuel

 

 

 


 

ようこそ (bienvenue)

 

Ce blog est tenu par deux rédacteurs : Emmanuel Jory, et Clément Drouard. Il n'empêche que certains articles peuvent, de manière occasionnelle, être rédigés par des rédacteurs extérieurs. Tous deux sommes étudiants en cinéma à l'Université de Strasbourg. Après la création d'un site internet il y a deux ans, permettant aux étudiants de la filière de diffuser leurs créations via WebTV, mais aussi de rattraper un ou l'autre cours auquel ils n'auraient pas pu assister ainsi que de s'informer sur la filière des Arts du Spectacle, nous avons éprouvé le désir de nous plonger dans une nouvelle aventure. Après réflexions et débats, nous avons opté pour la création d'un blog avec la thématique que vous connaissez. Cela nous permet, tout en nous faisant plaisir, de partager gratuitement notre passion pour le cinéma, japonais en particulier.

Nous espérons que vous apprécierez nos efforts. N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur les différents articles, cela nous permettra d'améliorer leur contenu.

 

 

Bonne visite,

Emmanuel J, Clément D.

 

 

L'image de bannière est issue du film Mogari no mori (La Forêt de Mogari), de Naomi Kawase, 2007.

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