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Le Tombeau des lucioles, Isao Takahata, 1988

 

 

Le Tombeau des lucioles

Isao Takahata, 1988.

 

 

http://draxraven.files.wordpress.com/2010/02/tombluc.jpgSynopsis

 

Suite aux bombardements intempestifs de l'armée américaine sur le japon, Seita, adolescent de quatorze ans, et sa jeune sœur Setsuko, quatre ans, se retrouvent seuls. Un temps hébergés chez leur tante, la relation conflictuelle va se révéler intenable pour les deux enfants, qui décident d'aller vivre seuls dans un abri anti-bombes que personne n'utilise. Là, Seita et Setsuko attendent le retour de leur père. Mais comme beaucoup, ils sont touchés par la famine qui fait rage dans la région. Sans le sous, seul le vol leur permet de trouver de quoi manger... Mais pas de manière suffisante. Setsuko tombe gravement malade...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fiche technique :


Titre : Le tombeau des lucioles 

Titre original : Hotaru no haka (火垂るの墓) 

Réalisateur : Isao Takahata 

Scénario : Isao Takahata 

D'après La tombe des lucioles, de Akiyuki Nosaka 

Musique : Michio Mamiya 

Directeur de la photographie : Nobuo Koyama 

Design des personnages : Yoshifumi Kondo 

Montage : Takeshi Seyama 

Directeur artistique : Nizou Yamamoto 

Producteurs : Tohru Hara, Ryoichi Sato 

Sociétés de production : Shinchosha Company, Studio Ghibli 

Genre : guerre, animation 

Pays : Japon 

Durée : 89 min

 

 

 

Avec les voix de :

 

Seita_________Tsutomu Tatsumi

Setsuko_______Ayano Shiraishi

Tante_________Akemi Yamaguchi

 

 

 

 

 

 

Le film se déroule durant l'été 1945. On se rappel que le Japon est en pleine guerre et que les américains font de plus en plus de dégâts, malgré une farouche résistance des japonais. Les prisonniers nippons sont d'ailleurs très peu nombreux, préférant se suicider que de tomber entre les mains de l'ennemie. Kobe, grand port à la fois industriel et militaire, est très touché. Malheureusement, la plupart des habitations alentours aussi. Ces habitations sont en bois. Les résultats sont catastrophiques face à des bombes incendiaires. Le bilan humain est particulièrement lourd : 243 000 morts. Bref, le film s'ancre dans un contexte défavorable à une évolution paisible de deux jeunes enfants.

 

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Le tombeau des lucioles est le premier film d'Isao Takahata pour le studio Ghibli. Au même moment, Hayao Miyazaki veut réaliser Mon voisin Totoro. La production est réticente à ce projet. Une solution est alors trouvée : produire les deux films en parallèle, et faire une sortie commune dans les salles de l'archipel. L'un des deux films doit cependant être produit par une autre société de production. C'est de cette manière que la Shinchosha va accepter de produire Le Tombeau des lucioles. On pensait alors que le film de Takahata aurait un grand nombre d'entrées de scolaires dont pourrait bénéficierTotoro. Ce n'est pas vraiment ce qui s'est produit, Totoro ayant rencontré un plus grand succès au fil des ans (rediffusions télé, grand nombre de produits dérivés etc). Néanmoins, la vie en salle du Tombeau des lucioles ne fut pas négligeable (800 000 entrées, en partenariat avec Totoro).

 

 

 

Le tombeau des lucioles est une adaptation d'un roman de Akiyuki Nosaka : La tombe des lucioles. Ce roman est en partie autobiographique, l'auteur ayant lui-même perdu sa mère adoptive lors de bombardements, ainsi que sa petite sœur, morte de faim. Il sera enfermé dans une maison de redressement, suite à de nombreux vols de nourriture. A la différence de Seita, le père de l'auteur refera surface. Malgré tout, il conservera un certain sentiment de culpabilité. Il est d'ailleurs tout à fait possible de comprendre la mort de Seita dans l'ouvrage et dans le film, comme une sorte d'exutoire à cette culpabilité. Ainsi, Seita rejoint sa sœur dans la mort. Les derniers plans du film nous montrent les deux jeunes enfants à nouveau réunis, peut-être comme Akiyuki Nosaka   l'aurait espéré. Ces plans où l'on voit Seita et Setsuko sous forme de fantômes sont d'ailleurs les seuls passages librement adaptés de l'œuvre originale. Le reste est plus ou moins fidèle (quelques détails prennent de l'importance, et nous avons quelques informations supplémentaires, mais globalement, Takahata est très fidèle à l'œuvre de base).

 

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« La nuit du 21 septembre 1945, je suis mort ». Voilà les premiers mots du films. On a alors Seita en plan poitrine, regard caméra. Il est en nuances de rouge sur fond noir. On comprend de suite que c'est un personnage fantomatique qui nous parle. Les plans suivants nous « permettent» d'assister à la mort lente de ce personnage. Lui-même se place en spectateur de sa propre agonie. Il est là, seul dans ce hall. Les gens passent à côté de lui, le considérant plus comme de la vermine qu'un humain. En fin de journée, les employés font le ménage. L'un d'eux ramasse une boîte qui va devenir l'un de fils conducteur du film. On apprendra par la suite qu'il s'agit d'une boîte à bombons qui contient quelque chose de très précieux aux yeux de Seita. Puis vient un plan extérieur. Setsuko est elle aussi en nuances de rouge. Elle voit Seita mourir. Au moment où elle s'élance vers lui, une main lui saisit l'épaule. Il s'agit du fantôme de Seita. Pas besoin de dialogue, tout est dans le regard et la gestuelle. Ils sont là, enfin réunis.

 

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La première séquence est donc déjà chargée en émotions. Le deuxième visionnage est peut-être même encore plus fort, car nous voyons ces images avec des informations nouvelles qui viennent appuyer, renforcer le pathos ambiant. La musique de Michio Mamiya n'est pas étrangère à ce pathos. Tout au long du film elle sera là pour accentuer le dramatique des situations. Car autant le dire tout de suite, Le tombeau des lucioles est un film triste, exacerbé par une musique qui sera toujours là pour vous arracher une larme dans les situations les plus tragiques. Vous êtes heureux ? Le tombeau des lucioles aura tôt fait de vous calmer :)

 

Nous savons donc d'emblée que notre personnage principal va mourir. Tout l'intérêt du film ne se porte donc pas sur ce qui va leur arriver, mais comment cela va leur arriver. La nuance est peut-être difficile à saisir. Si nous ne savons pas ce qu'il va arriver aux personnages, nous allons plus nous concentrer sur l'intrigue et notre obsédante question sera de savoir si oui ou non le personnage va mourir. C'est de cette manière que sont menées les intrigues d'une très grande majorité de films. Au contraire, si dès le début du film nous savons que notre personnage va mourir, on va alors prendre le temps d'analyser sa situation, ses choix. On va aussi s'attarder sur la psychologie du personnage principal, ainsi que celles des personnages connexes. Bref, cela permet au film d'exploiter la situation d'une manière beaucoup plus profonde. C'est précisément le cas avec Le tombeau des lucioles.

 

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Nous nous intéressons donc de près aux personnages. Il faut, à mon avis, tout de suite oublier la forme manichéenne. Ici, il n'y a pas de tout bon d'un côté, et de tout mauvais de l'autre. Ainsi, dans mon entourage, et j'imagine que c'est le cas pour beaucoup, j'ai souvent entendu dire que la tante était la grande méchante de l'histoire, en opposition bien entendu à Seita, qui lui, serait le grand gentil. Il est évident que les actes de la tante sont relativement pitoyables. Il faut cependant apporter une certaine nuance liée au contexte. On se trouve au Japon, été 45, les bombardements font de graves dégâts, et réduisent entre autres les récoltes à néant, ce qui provoque une grave famine. Le rationnement est de mise. Si nous nous mettons dans la situation de la tante, est-ce que deux bouches à nourrir supplémentaires seraient les bienvenues sous notre toit, même s'il s'agit des enfants d'un membre de notre famille ? Ce n'est pas certain. Dans ce cas là, il serait de mise, je pense, de nuancer le comportement de la tante qui doit déjà subvenir aux besoins des siens.

 

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De plus, Seita n'est pas non plus le grand gentil. Certes, il prend en charge sa jeune sœur et, semblerait-il, il avait déjà de lourdes responsabilités avant la mort de sa mère. En effet, c'est lui qui s'occupe de mettre de la nourriture à l'abri, ainsi que de porter sa sœur, tandis que leur mère part se réfugier. Peut-être que cela est dû au fait qu'elle soit cardiaque. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'il a de lourdes responsabilités. Cependant, il nous faut remarquer que Seita a souvent du mal à prendre des décisions concrètes et efficaces. Nous apprenons qu'il a de la famille à Tokyo qui pourrait peut-être s'occuper de lui et de sa sœur. Il va dire à sa tante qu'ils sont injoignables... Mais il n'a pas cherché à les contacter. Ils opte pour la solution de vivre dans un abri de fortune, et d'être sujet à la malnutrition... Avec l'argent de sa mère, au lieu de perdre du temps, ne pouvaient-ils pas aller à Tokyo, dans la famille ? Et de ce fait, Seita ne serait-il pas à l'origine, aussi involontaire que cela pourrait l'être, de la mort de sa sœur ? Et de sa mort à lui aussi ?  De plus, même s'il est difficile d'accepter une des réflexions de la tante, force est de constater qu'elle a raison sur un point : leur oisiveté. Mais Seita a 14 ans, personne ne va lui en tenir rigueur. Il est difficile pour un spectateur de rejeter la faute sur un enfant, dans un contexte où il est certain qu'il ne peut pas tout assumer.

 

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Et nous touchons là un point essentiel. A qui la faute ? Peut-être qu'un peu démagogiquement, je serais tenté de dire : à la bêtise humaine, à ces idiots trop prompts à se faire la guerre. Car la vrai faute ici, ce n'est pas celle de la tante, ce n'est pas celle de Seita, c'est bien la faute à la guerre ! C'est la guerre qui met fin aux jours de la mère des enfants. C'est la guerre qui les prives de père. C'est encore la guerre qui est la cause de la famine du pays. La guerre est à l'origine de tout. La guerre est stupide. Une magnifique séquence montre d'ailleurs toute la futilité de la guerre : Seita et Setsuko sont dans leur abri et viennent d'y lâcher des lucioles. Ils s'allongent et contemplent le spectacle. Cela rappel à Seita le souvenir d'une revue navale qu'il avait vue étant plus jeune. Il commence à chanter une chanson patriotique, puis imite un soldat en train de tirer sur des avions ennemis. C'est avec les plans suivants, que cette futilité ressort. On a alors Seita, ¾ arrière, contre-plongée. Des lucioles recouvrent le fond du plan. On ne distingue pas les murs de l'abri, si bien que l'on pourrait croire qu'il y a une grande étendue vide, représentée par ce noir profond (lun ciel de nuit, les lucioles se confondant alors avec des étoiles). Seita se demande où est son père. Il se retourne alors vers Setsuko et remarque qu'elle dort. Tout le passage « guerrier » n'est que futilité. Ils s'endorment tout deux dans une étrange tranquillité, préfigurant leur mort (mon esprit est peut-être un peu tordu : on sait qu'ils vont mourir. Séquence guerrière, suivit d'un somme = mort future. D'autant plus que le lendemain matin Setsuko va enterrer toutes les lucioles).

 

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Mais comme il est difficile de désigner un coupable, le spectateur en ressort frustré. Frustré de ne pouvoir rien faire, de ne rien pouvoir cibler un coupable de manière précise. Frustré aussi de toute cette injustice qui s'acharne sur ces enfants.

 

 

A la fin du film, nous retrouvons ces nuances de rouge, preuve que nous repassons du côté fantomatique. Les deux enfants se sont retrouvés depuis un certain temps déjà (cf : début du film). Le dernier plan nous montre les deux enfants, de dos, en train de contempler les milliers de lumières d'une ville on ne peut plus moderne. Eux sont entourés de lucioles. A la différence d'un spectateur occidental qui, malgré cette fin relativement positive sera frustré, le spectateur nippon sera dans un tout autre état d'esprit, le rapport à la mort des habitants du pays du soleil levant n'étant pas du tout le même que celui que nous entretenons dans les pays occidentaux.

 

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Le titre de Tombeau des lucioles peut renvoyer à divers choses, du plus « physique » au plus « symbolique ». De manière « physique », on peut considérer ce tombeau des lucioles pour ce rapport constant avec l'insecte, omniprésent dans le film. Mais l'intérêt d'une telle explication n'est pas très valable. Par contre, si l'on commence à établir des relations entre l'insecte et les enfants, on commence à voir se dessiner les contours d'une explication qui pourrait être intéressante. Après que Setsuko ait enterré les lucioles, on en distingues encore quelques-unes dans l'abri. Deux d'entre elles se détachent du lot. Avec un travelling de suivit on va les voir virevolter encore quelques instants, jusqu'à leur extinction. Le rapport me semble ici de la plus grande évidence. De plus, à divers reprises, les enfants, et surtout Seita, sont considérés comme des moins que rien, de la vermine. Alors certes, la vermine est un insecte beaucoup moins « glamour » que les lucioles... mais il s'agit tout de même d'insectes, ce qui facilite une fois de plus le rapport lucioles/enfants. Le titre pourrait donc très bien être métaphorique et préfigurer, une fois encore, la mort des enfants.

 

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En conclusion, Le Tombeau des lucioles s'avère être un excellent film d'animation, aussi bien poétique que militant. Loin des animations que l'on nomme très souvent des « japoniaiseries », le film de Takahata est réellement saisissant. Plein d'humanité, il laisse se petit goût doux-amer que l'on ressent à la vision de ce genre d'œuvre sur la condition de l'humain. Car ce film, avant d'être un film d'animation, est surtout un magnifique requiem au nom de toute ces populations sacrifiées sur l'autel de la bêtise humaine.

 

  Note : 9/10

 

A samedi prochain,

Emmanuel

 

 

 

 

 

 


 

ようこそ (bienvenue)

 

Ce blog est tenu par deux rédacteurs : Emmanuel Jory, et Clément Drouard. Il n'empêche que certains articles peuvent, de manière occasionnelle, être rédigés par des rédacteurs extérieurs. Tous deux sommes étudiants en cinéma à l'Université de Strasbourg. Après la création d'un site internet il y a deux ans, permettant aux étudiants de la filière de diffuser leurs créations via WebTV, mais aussi de rattraper un ou l'autre cours auquel ils n'auraient pas pu assister ainsi que de s'informer sur la filière des Arts du Spectacle, nous avons éprouvé le désir de nous plonger dans une nouvelle aventure. Après réflexions et débats, nous avons opté pour la création d'un blog avec la thématique que vous connaissez. Cela nous permet, tout en nous faisant plaisir, de partager gratuitement notre passion pour le cinéma, japonais en particulier.

Nous espérons que vous apprécierez nos efforts. N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur les différents articles, cela nous permettra d'améliorer leur contenu.

 

 

Bonne visite,

Emmanuel J, Clément D.

 

 

L'image de bannière est issue du film Mogari no mori (La Forêt de Mogari), de Naomi Kawase, 2007.

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