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Le murmure des dieux, Tatsushi Ômori, 2005

 

 

 

 

Le murmure des dieux

(Gerumaniumu no yoru), Tatsushi Ômori, 2005

 

 

 

dvd-le-murmure-des-dieuxSynopsis :

 

Rô est un jeune criminel ayant tué deux personnes (un homme et une femme) dans une casse automobile. Pour se faire oublier des services de police, il va trouver refuge dans un pensionnat catholique replié sur lui-même, vivant en autonomie, à la limite de l'autarcie. Là, perversion est le maître mot. Le père supérieur est un pervers pédophile et zoophile, le chef scout à l'allure jovial n'est lui aussi qu'un dérangé, totalement obsédé. Petit à petit, Rô va « trouver sa place » dans cet espace, au point de réussir à faire plier chaque personne à sa volonté, même la plus blasphématoire.

 

 

 

 

 

 

 

Fiche Technique :

 

Titre: Le murmure des dieux

Titre anglais: The whispering of the gods

Titre original: Gerumaniumu no yoru (Les nuits du germanium)

Réalisateur: Tatsushi Ômori

D'après une histoire de : Mangetsu Hanamura

Scénario : Yoshio Urasawa

Producteurs: Genjiro Arato, Akihiro Maeda, Shinichiro Muraoka

Directeur artistique: Kôichi Kanekatsu

Musique original : Shuichi Chino

Directeur de la photographie: Ryo Otsuka

Monteur: Yoshiyuki Okuhara

Origine: Japon

Année: 2005

Durée: 107 minutes

Restriction: interdit aux -16ans

 

 

Casting :

 

Hirofumi Arai __________________Rô

Reona Hirota _________________Sœur Thérèse

Megumi Sawara _______________Kyôko

Keita Kimura _________________Tôru

Nao Omori __________________Ukawa

Genta Dairaku _______________ Chef Scout

Masashi Yamamoto ___________ Frère Akabane

Akifumi Miura ________________ Arakawa

Renji Ishibashi _______________ Komiya

Kei Satô ____________________ Père Togawa

 

 

 

 

 

 

 

 

Je me baladais tranquillement dans les quelques allées réservées aux DVD de la médiathèque Sud (il s'agit là de la médiathèque située à Illkirch-Graffenstaden, lieu qui fait mentir notre paragraphe de présentation puisqu'il s'agit d'une médiathèque plus ou moins spécialisée dans le cinéma japonais depuis les années Mizoguchi), lorsque, devant moi, se dressa majestueusement le boitier de ce film. Grand, beau, fière... Bon d'accord, la réalité est peut-être un peu moins glorieuse, mais il n'empêche qu'il ma de suite sauté aux yeux. Cette édition présente, en arrière plan de la jaquette, un graphisme issu de la présentation du Festival Kinotayo en noir et blanc. Le premier plan est une image du film, un gros plan extrême sur l'œil de Rô, tout ça dans un encadrement rappelant les maisons traditionnelles japonaise. Du fait du cadrage et de l'éclairage de cette photo, ma première réaction (fausse bien entendu), fut de me dire que je tenais dans les mains un ixième film d'horreur nippon (qui par ailleurs sont parfois très bon, et donnent naissance à des remakes américains douteux).


J'ouvre le boitier (tintintin), et remarque une petite inscription à l'intérieur :


« La production cinématographique japonaise est l'une des premières au monde après Bollywood et les États Unis. Néanmoins, elle reste à découvrir en France malgré l'évolution très européenne des thèmes abordés. Le Festival Kinotayo a su créer, lors de sa première édition en 2006, un lien artistique et technique avec le cinéma d'auteur japonais en lui donnant une visibilité auprès du public cinéphile. Ce rendez-vous a lieu chaque année en novembre à Paris et en province ».

Michel MOTRO, Président.


Il y a donc un festival, en France, donnant une visibilité au cinéma japonais, et qui, par dessus le marché, se déroule à Paris ET en province. C'est décidé, la joie que me procure cette nouvelle finit de me convaincre d'emprunter ce DVD (en plus de Paprika, de KON Satoshi, d'un coffret IMAMURA Shohei comprenant La vengeance est à moi et Eijanaika, et d'un coffret documentaire sur les maîtres de l'épouvante que sont Mario BRAVA, John CARPENTER et Dario ARGENTO).

 

De retour chez moi, je décide de regarder de suite le film dont la jaquette m'a tant troublé. Je l'observe de plus près, et je remarque une incohérence dans les âges de restriction du public. L'étiquette de la médiathèque interdit l'emprunt de ce film à un public de moins de 12 ans, tandis que l'arrière de la jaquette affiche la mention (en orange et encadrée) : « INTERDIT – 16 ANS ». Ce n'est pas qu'un film interdit aux moins de 16 ans me dérange, mais je trouve un peu limite de permettre à un public « trop » jeune de voir un film pouvant le perturber... M'enfin bon, voilà un point qu'il faudra que l'on m'explique lors de mon prochain passage à la médiathèque Sud.

 

Insertion du DVD. Générique de présentation du festival. Menu. Lancement du film dans... 3 ... Accrochez vos ceintures... 2 ... Attention décollage imminent... 1 ... « Oh non, je ne veux pas mourir »... 0 ...  « AAAHHHHH »....

Me voilà donc projeté dans cette œuvre cinématographique. Le premier plan nous donne deux premières informations : nous nous trouvons visiblement à la campagne (le premier plan présente un convoi de vaches tandis que le générique s'affiche au fur et à mesure), et c'est l'hiver (il neige...). Jusque là, rien de traumatisant, ni d'excitant. Les affaires se corsent dès le neuvième plan, après environ 1 minute de film. Un panoramique droite-gauche laisse apparaître le père supérieur en plan épaule. Il lit la Bible en latin. S'en suit un travelling arrière (toujours dans le même plan), découvrant Rô petit à petit. Le mouvement se termine en plan moyen : Le père supérieur lit la Bible. Rô, à ses côtés, le regard vide, est en train de le masturber. Les deux protagonistes font face à la caméra, et de ce fait, au spectateur. Le ton de ce film est donné, et il en sera ainsi tout le long.

 

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Les minutes se suivent et se ressemblent tristement. Nous assistons en réalité à un enchainement de scènes de dépravation, voir d'humiliation. Rô, que rien ne semble arrêter, va étendre son influence sur chacun des protagonistes, faisant de certaines personnes ses « chiens » servants. La mort est elle aussi omniprésente. S'il n'y avait qu'une scène à retenir de ce film, c'est sans aucun doute celle du confessionnal. Dans celle-ci, Rô va « confesser » ses péchés (sans grande conviction), à un des prêtres. Il s'agit d'un prêtre handicapé dont Rô a l'habitude de pousser le fauteuil roulant. Dans cette séquence, Rô et le prêtre vont être filmés sous différents angles. Mais la fin est magistrale. Rô, en gros plan, ¾ avant parle au prêtre. Le prêtre lui, aussi en gros plan, de face, regard caméra, va répondre à Rô, mais va aussi annoncer la suite des évènements aux spectateurs.


Prêtre : Après mes jambes, que faudra t-il que je laisse la prochaine fois ?

Rô : (silence) La vie.

Prêtre : (silence, toujours regard caméra) Bien entendu.


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À ce moment précis, le spectateur sait que ce prêtre va mourir. Mais bien entendu, l'intérêt n'est pas de le savoir, mais de voir la manière dont nous sommes mené à le savoir. Cet enchaînement de plans, la composition de ceux-ci, les effets de lumières etc, tous ces éléments donnent de l'intérêt à cette séquence. D'ailleurs, l'intérêt majeur de ce film est la photographie. Malheureusement, l'histoire est terriblement plate, et aucune résolution n'est proposée.

 

Et c'est bien là le problème. Le film ne fait que rendre monstrueux l'acte charnel dépeint sous ses angles les plus scabreux, mais ne dénonce pas vraiment ces actes pervers. Au contraire, il montre à voir une surenchère d'actes plus ou moins odieux, pour finir en crescendo sur une séquence en montage alterné avec d'une part le père supérieur pratiquant la zoophilie, et d'autre part Rô en train de « se faire souffler dans le fifre à pédales » par un de ses camarades, sous les yeux consternés de Sœur Thérèse dont Rô est parvenu a faire briser le vœux de chasteté et qui est « malheureusement » tombée enceinte. Cependant, bien que faisant preuve d'une absence sans doute « délibérée » de dénonciation, ce film trouve tout de même une certaine résonance dans l'esprit d'une population mondiale à qui on n'a de cesse de rabâcher, via les divers médias existants, que l'église catholique est un vivier de pervers.

Du côté des influences, il est possible de voir dans ce film, des traces de films tels que Théorème de Pier Paolo Pasolini, de Visitor Q de Takashi Miike, voir même de Sitcom du français François Ozon. Le point commun ? L'arrivée d'un élément perturbateur dans une communauté établie, et qui va mettre en exergue les défauts, les faux-semblants de cette communauté. Au final, Rô est cet élément perturbateur. Il est un élément perturbateur qui arrive dans un autre élément (ici la communauté religieuse) déjà perturbé et perverti. Il est un personnage nihiliste au sens nietzschéen du terme :


« Nihiliste est l'homme qui juge que le monde tel qu'il est ne devrait pas être, et que le monde tel qu'il devrait être n'existe pas. De ce fait l'existence (agi, souffrir, vouloir, sentir) n'a aucun sens »


Cet esprit nihiliste permet à notre personnage principal d'avoir un total détachement par rapport à ses actes. Détachement que l'on trouve à la fois dans le regard de Rô sur quasi tous les plans où il apparaît, mais aussi dans cette fameuse séquence du confessionnal (décidément la séquence la plus intéressante de ce film), dans laquelle le prêtre va demander à Rô s'il éprouve des remords, ce à quoi il répond, le plus sérieusement du monde : « aucun, cela ne changerait plus rien ».

On pourrait encore, avant de terminer cet article, traiter de la musique de Shuichi Chino. Il a composé pour ce film une musique que je pourrait qualifier de "dépressive". Entièrement faite de cordes, surtout de violoncelle et de contrebasse. Musique lente, quasi minimaliste, mais qui a le don de parfaitement coller à l'ambiance générale du film. Ambiance froide, glaciale (et pas parce que l'histoire se déroule en hiver), sombre...

 

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Pour conclure la présentation de ce film, il nous faut retenir que Le murmure des dieux est le premier film de Tatsushi Ômori. Film éprouvant pour le spectateur (et confirmation qu'il est réservé à un public un minimum avertit). Pas encore au niveau d'un Oshima, on note cependant la naissance d'une certaine vision du monde chez ce jeune cinéaste. Nous espérons que son nouveau film, A Crowd of Three, marquera un nouveau pas dans sa carrière, un perfectionnement dans la manière de développer l'histoire (approfondissement de la critique sociale et politique entre autres), et une confirmation sur le plan technique (ce premier film étant esthétiquement de bonne facture). On appréciera aussi de ce film, son caractère plus ou moins universel,  l'histoire pouvant facilement être transposée dans n'importe quelle région du globe. En définitive, Gerumaniumu no yoru ne présente pas un intérêt particulier pour les spectateurs, mais possède néanmoins des qualités indéniables tristement masquées par un traitement social mitigé.

 

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Note : 6/10

 

À samedi prochain,

Emmanuel JORY

 

Trailer :

 

 


 

Festival du film japonais à l'ère du numérique : http://www.kinotayo.fr

ようこそ (bienvenue)

 

Ce blog est tenu par deux rédacteurs : Emmanuel Jory, et Clément Drouard. Il n'empêche que certains articles peuvent, de manière occasionnelle, être rédigés par des rédacteurs extérieurs. Tous deux sommes étudiants en cinéma à l'Université de Strasbourg. Après la création d'un site internet il y a deux ans, permettant aux étudiants de la filière de diffuser leurs créations via WebTV, mais aussi de rattraper un ou l'autre cours auquel ils n'auraient pas pu assister ainsi que de s'informer sur la filière des Arts du Spectacle, nous avons éprouvé le désir de nous plonger dans une nouvelle aventure. Après réflexions et débats, nous avons opté pour la création d'un blog avec la thématique que vous connaissez. Cela nous permet, tout en nous faisant plaisir, de partager gratuitement notre passion pour le cinéma, japonais en particulier.

Nous espérons que vous apprécierez nos efforts. N'hésitez pas à laisser vos commentaires sur les différents articles, cela nous permettra d'améliorer leur contenu.

 

 

Bonne visite,

Emmanuel J, Clément D.

 

 

L'image de bannière est issue du film Mogari no mori (La Forêt de Mogari), de Naomi Kawase, 2007.

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